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Portraits
Catalan Rugby

Joseph Desclaux, "Une étoile catalane"
Né le 1er février 1912 à Collioure (Pyrénées-Orientales).
Décédé le 26 mars 1988 à Perpignan (Pyrénées-Atlantiques).
Le Roussillon est une terre qui a fourni beaucoup de grands joueurs au rugby français. Sans être exhaustif, on peut citer, par ordre chronologique, Brutus, Giral, Got, Ramis, Baillette, Ribère, Galia, Coderc, Raynal, Puig-Aubert, Sanac, Roucariés, Maso, Imbernon et plus près de nous Mas et Marty. Mais, il est un joueur qui incarna le plus sûrement ce rugby catalan. Joseph Desclaux fut celui-là, car, en dehors de quelques escapades à Grenoble, Bordeaux ou Espéraza, il fit toute sa carrière sportive, de 1928 au début des années soixante-dix, à Collioure, aux Arlequins ou à l'USAP, comme joueur puis entraîneur. Cette période fut, hélas pour lui, lorsqu'il était joueur, celle de la rupture avec les britanniques et de la seconde guerre mondiale, c'est dire ce que peuvent représenter ses dix sélections à une époque, où entre 1934, date de sa première sélection à 22 ans, et 1945, date de la dernière, la France ne joua que douze rencontres. Même si comparaison n'est pas raison, depuis l'avènement du professionnalisme, où l'équipe de France joue une dizaine de rencontres par an, cela ferait une centaine de sélections! Cette remarquable carrière, enrichie de deux sélections à XIII, de deux titres de champion de France de première division à XV avec l'U. S. A. Perpignan, d'une victoire dans le Challenge Yves du Manoir, en tant que joueur et d'un doublé championnat challenge en 1955 avec l'USAP et d'un titre de champion de France de troisième série avec Collioure en 1960 comme entraîneur, Joseph Desclaux la dut à "toutes les qualités d'un joueur de grande classe : vitesse, cran, opportunisme, souplesse et jugement", selon Maurice Capelle, dans "Le Figaro" du 19 avril 1937 et à son investissement permanent dans le rugby et les clubs où il était licencié.
Le rugby, Jospeh Desclaux l'avait débuté avec l'équipe du Collège de Perpignan. C'était en 1928, et, il avait seize ans. En même temps il jouait à Collioure. Repéré par les dirigeants des Arlequins de Perpignan, rival de l'US Perpignan dans les années vingt et au début des années trente, il débuta ainsi à dix-sept ans en première division. En 1933, à vingt-et-un ans, après un bref passage au Football Club de Grenoble pendant son service militaire, il était retenu avec la sélection du Midi puis le Reste opposé à la France. Ce fut la saison suivante qu'il fut révélé au grand public lors de la rencontre France – Reste. Selon l'hebdomadaire "Match", il y brilla d'un éclat des plus vifs, se révélant de la classe des grands attaquants de la décennie précédente, Borde et Crabos. Après cela, il ne pouvait qu'être retenu pour la seule rencontre internationale de l'année.
Alors, pendant cinq saisons, il allait être un des plus brillants attaquants français. Ajoutant à son sens du jeu et à ses qualités physiques naturelles, un charisme qui l'imposait facilement à ses partenaires, il fut également le capitaine de son équipe de club, l'Union Sportive Arlequins Perpignan, née de la fusion des deux grands clubs de la capitale du Roussillon. Et dès sa troisième sélection, il était également capitaine du XV de France. Ce fut pendant cette période qu'il conquit ses deux premiers titres et notamment le championnat en 1938. Aussi, son passage à XIII à l'automne qui suivit, fut ressenti comme un coup de tonnerre. Toute la presse nationale, même non spécialisée, relaya l'information. Pour une somme que certains estimèrent à 50 000 francs de l'époque, la merveille des merveilles, comme l'écrivait le journaliste de l'Ouest-Eclair, signa à Bordeaux XIII. Pendant les quelques mois passés au bord de la Garonne, Joseph Desclaux joua les deux rencontres de l'équipe de France, toutes deux victorieuses, en étant considéré comme le meilleur joueur de la rencontre face à l'Angleterre. Ce fut la seconde guerre mondiale qui mit fin à l'aventure. Après sa démobilisation, le rugby à XIII n'existait plus et Desclaux de retour en Catalogne fut contraint de rejouer pour le club le plus proche de son domicile, le Collioure Sportif, comme ce fut la règle pendant un an sous le régime de Vichy. Non content de renforcer considérablement son ancien club, il en profita pour défier sur un cinquante mètres le champion de France du 100 m. Les deux coureurs ne purent être départagés. Il fut également le capitaine de la sélection du Languedoc – Roussillon qui remporta le championnat de la Zone non occupée
En 1941, il était de retour à l'USAP. Le championnat n'avait pas encore repris et la Coupe n'était pas encore créée. Il dut donc patienter un an, d'autant que cette saison là, le Languedoc – Roussillon ne fut pas qualifié pour les phases finales de la coupe nationale qu'il remporta ensuite en 1943 et 1944. Cette même année, à la tête de jeunes catalans, il devenait champion de France pour la seconde fois. Après avoir été une dernière fois retenu avec l'équipe de France, le 1er janvier 1945, et bien qu'annoncé à XIII à Albi, il resta fidèle au XV, même si son passage dans le camp d'en face avant-guerre le rendait non sélectionnable. Dans cette période, il fit deux saisons à Espéraza avant de venir terminer sa carrière de joueur à Perpignan. Il avait alors trente-huit ans.
Dès lors, il débuta une carrière d'entraîneur à l'USAP de 1949 à 1958, de 1962 à 1964 et de 1969 à 1970 et à Collioure de 1958 à 1960. Très proche de ses joueurs, il avait l'estime de tous. Même lorsqu'il n'entraîna plus il resta toujours à proximité de son club de cœur et ce fut au cours d'une réunion pour fêter l'anniversaire du titre de 1955, qu'il mourut brutalement après avoir chanté une dernière fois, son chant fétiche "les quatre-vingt chasseurs". L'année suivante, l'U. S. A. Perpignan donna son nom à un tournoi des écoles de rugby qu'elle organisait. Joseph Desclaux garda une place à part dans le cœur des rugbymen catalans, et ses anciens joueurs, comme André Sanac, témoignèrent de son apport au rugby perpignanais dans le film qui lui fut consacré au milieu des années 2000 par André Soucara. Le "Monsieur du rugby catalan" méritait bien cet hommage.
Décédé le 26 mars 1988 à Perpignan (Pyrénées-Atlantiques).
Le Roussillon est une terre qui a fourni beaucoup de grands joueurs au rugby français. Sans être exhaustif, on peut citer, par ordre chronologique, Brutus, Giral, Got, Ramis, Baillette, Ribère, Galia, Coderc, Raynal, Puig-Aubert, Sanac, Roucariés, Maso, Imbernon et plus près de nous Mas et Marty. Mais, il est un joueur qui incarna le plus sûrement ce rugby catalan. Joseph Desclaux fut celui-là, car, en dehors de quelques escapades à Grenoble, Bordeaux ou Espéraza, il fit toute sa carrière sportive, de 1928 au début des années soixante-dix, à Collioure, aux Arlequins ou à l'USAP, comme joueur puis entraîneur. Cette période fut, hélas pour lui, lorsqu'il était joueur, celle de la rupture avec les britanniques et de la seconde guerre mondiale, c'est dire ce que peuvent représenter ses dix sélections à une époque, où entre 1934, date de sa première sélection à 22 ans, et 1945, date de la dernière, la France ne joua que douze rencontres. Même si comparaison n'est pas raison, depuis l'avènement du professionnalisme, où l'équipe de France joue une dizaine de rencontres par an, cela ferait une centaine de sélections! Cette remarquable carrière, enrichie de deux sélections à XIII, de deux titres de champion de France de première division à XV avec l'U. S. A. Perpignan, d'une victoire dans le Challenge Yves du Manoir, en tant que joueur et d'un doublé championnat challenge en 1955 avec l'USAP et d'un titre de champion de France de troisième série avec Collioure en 1960 comme entraîneur, Joseph Desclaux la dut à "toutes les qualités d'un joueur de grande classe : vitesse, cran, opportunisme, souplesse et jugement", selon Maurice Capelle, dans "Le Figaro" du 19 avril 1937 et à son investissement permanent dans le rugby et les clubs où il était licencié.
Le rugby, Jospeh Desclaux l'avait débuté avec l'équipe du Collège de Perpignan. C'était en 1928, et, il avait seize ans. En même temps il jouait à Collioure. Repéré par les dirigeants des Arlequins de Perpignan, rival de l'US Perpignan dans les années vingt et au début des années trente, il débuta ainsi à dix-sept ans en première division. En 1933, à vingt-et-un ans, après un bref passage au Football Club de Grenoble pendant son service militaire, il était retenu avec la sélection du Midi puis le Reste opposé à la France. Ce fut la saison suivante qu'il fut révélé au grand public lors de la rencontre France – Reste. Selon l'hebdomadaire "Match", il y brilla d'un éclat des plus vifs, se révélant de la classe des grands attaquants de la décennie précédente, Borde et Crabos. Après cela, il ne pouvait qu'être retenu pour la seule rencontre internationale de l'année.
Alors, pendant cinq saisons, il allait être un des plus brillants attaquants français. Ajoutant à son sens du jeu et à ses qualités physiques naturelles, un charisme qui l'imposait facilement à ses partenaires, il fut également le capitaine de son équipe de club, l'Union Sportive Arlequins Perpignan, née de la fusion des deux grands clubs de la capitale du Roussillon. Et dès sa troisième sélection, il était également capitaine du XV de France. Ce fut pendant cette période qu'il conquit ses deux premiers titres et notamment le championnat en 1938. Aussi, son passage à XIII à l'automne qui suivit, fut ressenti comme un coup de tonnerre. Toute la presse nationale, même non spécialisée, relaya l'information. Pour une somme que certains estimèrent à 50 000 francs de l'époque, la merveille des merveilles, comme l'écrivait le journaliste de l'Ouest-Eclair, signa à Bordeaux XIII. Pendant les quelques mois passés au bord de la Garonne, Joseph Desclaux joua les deux rencontres de l'équipe de France, toutes deux victorieuses, en étant considéré comme le meilleur joueur de la rencontre face à l'Angleterre. Ce fut la seconde guerre mondiale qui mit fin à l'aventure. Après sa démobilisation, le rugby à XIII n'existait plus et Desclaux de retour en Catalogne fut contraint de rejouer pour le club le plus proche de son domicile, le Collioure Sportif, comme ce fut la règle pendant un an sous le régime de Vichy. Non content de renforcer considérablement son ancien club, il en profita pour défier sur un cinquante mètres le champion de France du 100 m. Les deux coureurs ne purent être départagés. Il fut également le capitaine de la sélection du Languedoc – Roussillon qui remporta le championnat de la Zone non occupée
En 1941, il était de retour à l'USAP. Le championnat n'avait pas encore repris et la Coupe n'était pas encore créée. Il dut donc patienter un an, d'autant que cette saison là, le Languedoc – Roussillon ne fut pas qualifié pour les phases finales de la coupe nationale qu'il remporta ensuite en 1943 et 1944. Cette même année, à la tête de jeunes catalans, il devenait champion de France pour la seconde fois. Après avoir été une dernière fois retenu avec l'équipe de France, le 1er janvier 1945, et bien qu'annoncé à XIII à Albi, il resta fidèle au XV, même si son passage dans le camp d'en face avant-guerre le rendait non sélectionnable. Dans cette période, il fit deux saisons à Espéraza avant de venir terminer sa carrière de joueur à Perpignan. Il avait alors trente-huit ans.
Dès lors, il débuta une carrière d'entraîneur à l'USAP de 1949 à 1958, de 1962 à 1964 et de 1969 à 1970 et à Collioure de 1958 à 1960. Très proche de ses joueurs, il avait l'estime de tous. Même lorsqu'il n'entraîna plus il resta toujours à proximité de son club de cœur et ce fut au cours d'une réunion pour fêter l'anniversaire du titre de 1955, qu'il mourut brutalement après avoir chanté une dernière fois, son chant fétiche "les quatre-vingt chasseurs". L'année suivante, l'U. S. A. Perpignan donna son nom à un tournoi des écoles de rugby qu'elle organisait. Joseph Desclaux garda une place à part dans le cœur des rugbymen catalans, et ses anciens joueurs, comme André Sanac, témoignèrent de son apport au rugby perpignanais dans le film qui lui fut consacré au milieu des années 2000 par André Soucara. Le "Monsieur du rugby catalan" méritait bien cet hommage.

Jean Galia, père des "pionniers"
Celui qui importa le rugby à XIII en France est né le 20 mars 1905, avenue Pasteur à Ille-sur-Têt. Ce fils d'expéditeur de fruits et légumes, livrés jusqu'en Allemagne et en Algérie, est féru d'athlétisme, de boxe, dont il fut un champion de France amateur poids lourds, en 1929, deux mois seulement après ses débuts dans le noble art, et bien entendu de rugby.
"Une force de la nature", se souvenait son cousin, Sébastien Galia.
Il chausse ses premiers crampons à Millas, et participe activement à l'affaire familiale, florissante, laquelle possède alors le seul camion d'Ille, commune dont le père, également prénommé Jean, fut le maire de 1927 à 1935.
Cet avant habile de ses mains, grand pour l'époque (1,80 m) et musclé (85 kg), fera bientôt le bonheur du TOEC, en 1925 à Toulouse, durant son service militaire, puis de l'US Quillan, cinq saisons d'affilée (1926 à 1931), club entraîné par... Gilbert Brutus, avec lequel il sera couronné champion de France, et enfin du CA Villeneuve-sur-Lot, où il rejoint Max Rousié, future star treiziste, et découvre en outre l'aviron.
MEILLEUR AVANT D'EUROPE A XV
International à 19 reprises, il est de l'équipe de France victorieuse de l'Angleterre (3-0) pour la première fois de son histoire, en 1927, et les Britanniques estiment qu'il est le meilleur avant d'Europe.
Son destin bascule avec "l'affaire Noguères". Nous sommes au début 1933, et Galia enjoint le Boulounenc, qui effectue alors son service militaire à Agen, à le rejoindre à Villeneuve. Or, un télégramme évoquant une somme d'argent destinée à l'arrière de l'US Perpignan, est intercepté par les dirigeants du club catalan. Menacé de disqualification pour fait de professionnalisme, alors qu'il ne s'agit, en fait, que d'une indemnité de déplacement, Noguères se rétracte et reste fidèle à l'USP. Car s'il circule sous le manteau, l'argent est officiellement tabou.
"Maurice Vails, le secrétaire du club, me lança sur le quai de la gare : Ne t'en va pas ou tu seras disqualifié. Je rebroussai chemin, défis mes valises et ré-enfilai le maillot de l'USP, pas pour longtemps d'ailleurs..." racontait-t-il en 1984, dans l'ouvrage "XIII Catalan, cinquante ans d'épopée".
Noguères fut ensuite finalement radié par la FFR, comme d'ailleurs Galia dès janvier 1933, et fit partie de la première équipe du XIII Catalan, un an et demi après "l'affaire" portant son nom.
"IL N'EST QU'ADRESSE..."
Car bientôt, la Rugby League britannique, désireuse d'implanter le néo rugby en France, charge Jean Galia d'en être son ambassadeur. Le 31 décembre de la même année, invité par Harry Sunderland, directeur de la tournée des Kangourous, et John Wilson, secrétaire général de la fédération britannique, il assiste au premier match de rugby à XIII dans l'hexagone, Australie-Angleterre, au stade Pershing de Paris, remporté 63 à 13 par les Australiens, devant 20 000 spectateurs ébahis, et tombe sous le charme d'un sport qu'il baptise jeu à XIII, le portant aux nues avec un enthousiasme débordant : "Il n'est qu'adresse, intuition, élégance, imagination, virtuosité. Un rugby pareil ne se décrit pas, çà se déguste comme un mets rare. Aussitôt qu'on l'aborde, on reste éperdu d'admiration. Il se prête aux combinaisons les plus subtiles, les passes croisées fusent dans tous les angles".
Un rugby qui ne pouvait ainsi rêver meilleur ambassadeur que Galia, leader dans l'âme, élégant au possible, quoique également "très coléreux", d'après Fernand Périé, romancier d'Ille-sur-Têt qui, au village, partageait sa passion pour le sport. Il était aussi un homme d'affaires avisé, propriétaire, avec son ami catalan Ernest Camo, d'un magasin de chapellerie et d'articles de sports à Villeneuve-sur-Lot, avant d'ouvrir sur les bords du Lot deux salles de cinéma, puis une autre, "Le Fantasio", plus tard à Toulouse, et qui en compagnie de Victor Breyer, directeur de "L'écho des sports", se fait un devoir de prêcher la bonne parole treiziste, un peu partout en France.
Au volant de son Alfa Romeo ou de sa Nash au longiligne capot, il est en mission, et parvient à mettre sur pieds une sélection composée de joueurs de Bordeaux (Jean Duhau), Esperaza (Jean Cassagneau), Toulouse (Jean-Marie Vignal), Chalon-sur-Saône (Antonin Barbazange), Lézignan (Gaston Amila), Narbonne (Joseph Carrère), Agen (Bob Samatan), Lyon (Maurice Porra), Oyonnax (Charles Mathon), Avignon (Laurent Lambert), Roanne, Nancy, Pau, Villeneuve-sur-Lot, Capbreton.
17 "GALIA BOYS"
Les "Galia Boys" sont nés, ils sont dix-sept à disputer six rencontres de l'autre côté de la Manche, battus à Wigan 30-27 malgré notamment deux essais de Galia himself, Londres, Leeds et Warrington, avant de fêter leur premier succès à Hull (26-23), suivi d'un dernier revers à Salford. Le voyage d'études n'en est pas moins un succès.
L'histoire est en marche, et le 6 avril 1934 sont déposés à la préfecture de Paris les statuts de la Ligue Française de Rugby à XIII. Neuf jours plus tard est organisé le premier match du XIII de France sur ses terres, au stade Buffalo, à Paris, contre l'Angleterre. En dépit d'un froid polaire, le stade de 21 000 places est comble, des centaines de curieux ne peuvent y pénétrer, et les quelques perturbateurs mandatés par les dirigeants du rygby orthodoxe en sont pour leurs frais, manquant de se faire lyncher par des spectateurs sous le charme du spectacle proposé, remporté par les Anglais 32 à 21.
En suivant, une sélection du Yorkshire est en tournée en France, affronte Lyon, Paris, Bordeaux, Pau, Villeneuve, et au soir du match disputé en Lot-et-Garonne, le 6 mai 1934, le Perpignanais Marcel Laborde assiste au discours tenu par Jean Galia, lequel confirme son intention de poursuivre l'aventure à XIII.
Laborde, surnommé "Le lapin", a été au préalable la victime de la fusion entre l'USP et les Quins (donnant naissance à l'USAP), ces derniers imposant comme condition l'exclusion de celui qui rejoint le 7 juillet un nouveau club de rugby à XV à Perpignan, l'ASP, avant de s'engager sous la bannière de Galia, qui venait de faire basculer à XIII le CA Villeneuvois, devenu le SA Villeneuvois XIII. L'AS Perpignan prend le même chemin, le 24 août 1934, sous l'appellation XIII Catalan, sous l'égide de Gaston Banet et Marcel Laborde, lequel tient sa revanche de banni.
Et les Catalans, en compagnie des neuf autres clubs pionniers, Villeneuve, Béziers, Bordeaux, Côte Basque, Pau, Albi, Roanne, Lyon-Villeurbanne, Paris Rugby XIII, débutent en octobre de la même année le premier championnat de France d'un sport qui suscite l'enthousiasme partout où il se produit, surmontant les nombreux obstacles placés sur sa route par l'autre rugby (exclu du Tournoi des 5 nations depuis 1931 pour violences répétées, il a perdu 105 clubs entre 1934 et 1939), en particulier l'interdiction d'accès aux terrains, d'où l'édification de nouveaux stades destinés à "des joueurs n’ayant nulle intention d’abandonner leur métier, les indemnités qu’ils reçoivent étant en somme un manque à gagner", précise "Monsieur Jean" au Miroir des Sports.
Comme un symbole, Jean Galia, capitaine-entraîneur, mène Villeneuve-sur-Lot au premier titre de champion de France, décerné aux points, mettant un terme à sa carrière internationale à XIII deux ans plus tard, victoire (8-5) à la clé face aux Dominions britanniques, à Paris, et désigné "homme du match".
Le rugby à XIII ne cesse alors de grandir, notamment adoubé par Léo Lagrange et Jean Zay, ministres du Front Populaire, jusqu'à son abjecte interdiction, sous Vichy.
A la libération, si le père du XIII en France n'assume plus de fonctions au plan fédéral, il fait néanmoins partie des dirigeants du Toulouse Olympique, mène celui-ci, comme entraîneur et président, jusqu'en finale du championnat, en 1945 et 1946, à chaque fois perdue face à l'AS Carcassonne, et décède d'une crise cardiaque à son domicile, le 18 janvier 1949, avant d'être inhumé à Ille, où à jamais il reste celui par qui tout est parti.
Ce n'est que justice si de nos jours des stades, salles de sport et de spectacles, établissements scolaires, bibliothèques ou rues, portent son nom.
Hervé Girette
(Article paru dans La Semaine du Roussillon du 11 septembre 2024)
"Une force de la nature", se souvenait son cousin, Sébastien Galia.
Il chausse ses premiers crampons à Millas, et participe activement à l'affaire familiale, florissante, laquelle possède alors le seul camion d'Ille, commune dont le père, également prénommé Jean, fut le maire de 1927 à 1935.
Cet avant habile de ses mains, grand pour l'époque (1,80 m) et musclé (85 kg), fera bientôt le bonheur du TOEC, en 1925 à Toulouse, durant son service militaire, puis de l'US Quillan, cinq saisons d'affilée (1926 à 1931), club entraîné par... Gilbert Brutus, avec lequel il sera couronné champion de France, et enfin du CA Villeneuve-sur-Lot, où il rejoint Max Rousié, future star treiziste, et découvre en outre l'aviron.
MEILLEUR AVANT D'EUROPE A XV
International à 19 reprises, il est de l'équipe de France victorieuse de l'Angleterre (3-0) pour la première fois de son histoire, en 1927, et les Britanniques estiment qu'il est le meilleur avant d'Europe.
Son destin bascule avec "l'affaire Noguères". Nous sommes au début 1933, et Galia enjoint le Boulounenc, qui effectue alors son service militaire à Agen, à le rejoindre à Villeneuve. Or, un télégramme évoquant une somme d'argent destinée à l'arrière de l'US Perpignan, est intercepté par les dirigeants du club catalan. Menacé de disqualification pour fait de professionnalisme, alors qu'il ne s'agit, en fait, que d'une indemnité de déplacement, Noguères se rétracte et reste fidèle à l'USP. Car s'il circule sous le manteau, l'argent est officiellement tabou.
"Maurice Vails, le secrétaire du club, me lança sur le quai de la gare : Ne t'en va pas ou tu seras disqualifié. Je rebroussai chemin, défis mes valises et ré-enfilai le maillot de l'USP, pas pour longtemps d'ailleurs..." racontait-t-il en 1984, dans l'ouvrage "XIII Catalan, cinquante ans d'épopée".
Noguères fut ensuite finalement radié par la FFR, comme d'ailleurs Galia dès janvier 1933, et fit partie de la première équipe du XIII Catalan, un an et demi après "l'affaire" portant son nom.
"IL N'EST QU'ADRESSE..."
Car bientôt, la Rugby League britannique, désireuse d'implanter le néo rugby en France, charge Jean Galia d'en être son ambassadeur. Le 31 décembre de la même année, invité par Harry Sunderland, directeur de la tournée des Kangourous, et John Wilson, secrétaire général de la fédération britannique, il assiste au premier match de rugby à XIII dans l'hexagone, Australie-Angleterre, au stade Pershing de Paris, remporté 63 à 13 par les Australiens, devant 20 000 spectateurs ébahis, et tombe sous le charme d'un sport qu'il baptise jeu à XIII, le portant aux nues avec un enthousiasme débordant : "Il n'est qu'adresse, intuition, élégance, imagination, virtuosité. Un rugby pareil ne se décrit pas, çà se déguste comme un mets rare. Aussitôt qu'on l'aborde, on reste éperdu d'admiration. Il se prête aux combinaisons les plus subtiles, les passes croisées fusent dans tous les angles".
Un rugby qui ne pouvait ainsi rêver meilleur ambassadeur que Galia, leader dans l'âme, élégant au possible, quoique également "très coléreux", d'après Fernand Périé, romancier d'Ille-sur-Têt qui, au village, partageait sa passion pour le sport. Il était aussi un homme d'affaires avisé, propriétaire, avec son ami catalan Ernest Camo, d'un magasin de chapellerie et d'articles de sports à Villeneuve-sur-Lot, avant d'ouvrir sur les bords du Lot deux salles de cinéma, puis une autre, "Le Fantasio", plus tard à Toulouse, et qui en compagnie de Victor Breyer, directeur de "L'écho des sports", se fait un devoir de prêcher la bonne parole treiziste, un peu partout en France.
Au volant de son Alfa Romeo ou de sa Nash au longiligne capot, il est en mission, et parvient à mettre sur pieds une sélection composée de joueurs de Bordeaux (Jean Duhau), Esperaza (Jean Cassagneau), Toulouse (Jean-Marie Vignal), Chalon-sur-Saône (Antonin Barbazange), Lézignan (Gaston Amila), Narbonne (Joseph Carrère), Agen (Bob Samatan), Lyon (Maurice Porra), Oyonnax (Charles Mathon), Avignon (Laurent Lambert), Roanne, Nancy, Pau, Villeneuve-sur-Lot, Capbreton.
17 "GALIA BOYS"
Les "Galia Boys" sont nés, ils sont dix-sept à disputer six rencontres de l'autre côté de la Manche, battus à Wigan 30-27 malgré notamment deux essais de Galia himself, Londres, Leeds et Warrington, avant de fêter leur premier succès à Hull (26-23), suivi d'un dernier revers à Salford. Le voyage d'études n'en est pas moins un succès.
L'histoire est en marche, et le 6 avril 1934 sont déposés à la préfecture de Paris les statuts de la Ligue Française de Rugby à XIII. Neuf jours plus tard est organisé le premier match du XIII de France sur ses terres, au stade Buffalo, à Paris, contre l'Angleterre. En dépit d'un froid polaire, le stade de 21 000 places est comble, des centaines de curieux ne peuvent y pénétrer, et les quelques perturbateurs mandatés par les dirigeants du rygby orthodoxe en sont pour leurs frais, manquant de se faire lyncher par des spectateurs sous le charme du spectacle proposé, remporté par les Anglais 32 à 21.
En suivant, une sélection du Yorkshire est en tournée en France, affronte Lyon, Paris, Bordeaux, Pau, Villeneuve, et au soir du match disputé en Lot-et-Garonne, le 6 mai 1934, le Perpignanais Marcel Laborde assiste au discours tenu par Jean Galia, lequel confirme son intention de poursuivre l'aventure à XIII.
Laborde, surnommé "Le lapin", a été au préalable la victime de la fusion entre l'USP et les Quins (donnant naissance à l'USAP), ces derniers imposant comme condition l'exclusion de celui qui rejoint le 7 juillet un nouveau club de rugby à XV à Perpignan, l'ASP, avant de s'engager sous la bannière de Galia, qui venait de faire basculer à XIII le CA Villeneuvois, devenu le SA Villeneuvois XIII. L'AS Perpignan prend le même chemin, le 24 août 1934, sous l'appellation XIII Catalan, sous l'égide de Gaston Banet et Marcel Laborde, lequel tient sa revanche de banni.
Et les Catalans, en compagnie des neuf autres clubs pionniers, Villeneuve, Béziers, Bordeaux, Côte Basque, Pau, Albi, Roanne, Lyon-Villeurbanne, Paris Rugby XIII, débutent en octobre de la même année le premier championnat de France d'un sport qui suscite l'enthousiasme partout où il se produit, surmontant les nombreux obstacles placés sur sa route par l'autre rugby (exclu du Tournoi des 5 nations depuis 1931 pour violences répétées, il a perdu 105 clubs entre 1934 et 1939), en particulier l'interdiction d'accès aux terrains, d'où l'édification de nouveaux stades destinés à "des joueurs n’ayant nulle intention d’abandonner leur métier, les indemnités qu’ils reçoivent étant en somme un manque à gagner", précise "Monsieur Jean" au Miroir des Sports.
Comme un symbole, Jean Galia, capitaine-entraîneur, mène Villeneuve-sur-Lot au premier titre de champion de France, décerné aux points, mettant un terme à sa carrière internationale à XIII deux ans plus tard, victoire (8-5) à la clé face aux Dominions britanniques, à Paris, et désigné "homme du match".
Le rugby à XIII ne cesse alors de grandir, notamment adoubé par Léo Lagrange et Jean Zay, ministres du Front Populaire, jusqu'à son abjecte interdiction, sous Vichy.
A la libération, si le père du XIII en France n'assume plus de fonctions au plan fédéral, il fait néanmoins partie des dirigeants du Toulouse Olympique, mène celui-ci, comme entraîneur et président, jusqu'en finale du championnat, en 1945 et 1946, à chaque fois perdue face à l'AS Carcassonne, et décède d'une crise cardiaque à son domicile, le 18 janvier 1949, avant d'être inhumé à Ille, où à jamais il reste celui par qui tout est parti.
Ce n'est que justice si de nos jours des stades, salles de sport et de spectacles, établissements scolaires, bibliothèques ou rues, portent son nom.
Hervé Girette
(Article paru dans La Semaine du Roussillon du 11 septembre 2024)

Eternel Pipette
Si nous n'avons pas eu la chance de voir jouer Pipette, champion de France avec l'USAP en 1944, avant de se couvrir de lauriers avec l'AS Carcassonne XIII et le XIII de France, au moins avons nous eu le plaisir de nous entretenir à plusieurs reprises avec lui, entre la fin des années soixante-dix, alors qu'il occupait, au sein de la Fédération Française de Rugby à XIII, un poste de sélectionneur, et le début des années quatre-vingt dix, quand il ne manquait pas un match du XIII de France.
Et l'on conserve du plus célèbre des joueurs de rugby à XIII, et même peut-être bien de rugby tout court, l'image d'un homme affable, épicurien, jamais avare d'une anecdote croustillante, et passionné par le sport ayant fait sa renommée.
De "Bébert", le surnom de son enfance, il était devenu pour ses amis proches "Pip", et quand on le questionnait sur les hauts, longtemps, et les bas (seulement lors de sa saison d'adieux avec le RC Castelnaudary, en 1959-1960) de son inimitable carrière, il répondait sans détour : "Jamais sur un terrain je ne me suis ennuyé, et j'en viens presque à regretter de n'avoir pas exigé de moi-même une meilleure hygiène de vie, car ce n'est pas à 34 ans, mais peut-être bien à 40, que j'aurais rangé mes crampons.
Des crampons à bouts carrés qu'un cordonnier de Carcassonne lui confectionnait sur mesure, histoire de mieux coller à la morphologie de ses pieds, et ainsi d'accentuer un peu plus encore son insolente réussite dans les tirs au but.
"Né pour jouer"
Car s'il "était né pour jouer", à la main comme au pied, comme le racontait son ami et coéquipier carcassonnais Martin Martin à notre confrère Bernard Pratviel, dans "Immortel Pipette", ce sont ses pénalités, transformations et drops, tentées et réussies depuis n'importe quel endroit du terrain, qui ont fait sa réputation, plus encore que ses feintes de passe et ses brusques jaillissements.
Presque une injustice, pour celui que ses anciens coéquipiers comparaient à un magicien.
Tel André Bourreil, qui partagea aux côtés du phénomène le titre de champion de France 1957 avec le XIII Catalan.
"Moi qui avait débuté au centre, il m'a appris mon rôle d'ailier qu'ensuite on m'avait attribué. "Un arrière ne te prendra jamais si tu penses à l'embarquer à l'intérieur, mais pas trop, de manière àpouvoir le manoeuvrer", m'avait-il assuré.
Car Aubert Puig, dont les stades d'Arles-sur-Tech, et de Pennautier, dans l'Aude, portent son surnom de Puig-Aubert,était aussi un maître tacticien.
Sans parler de son adresse, "due à ses longs bras", nous avait confié, pour sa part, Francis Levy, qui l'avait d'abord côtoyé au Celtic de Paris, en 1952, au lendemain de son exceptionnel palmarès sous la tunique de Carcassonne, courte parenthèse parisienne avant son arrivée au XIII Catalan.
"Le génie du jeu"
Une adresse qu'il déployait également au football durant sa scolarité, à la pétanque, au tennis de table et au jeu de fléchettes, et qui sur les pelouses de rugby avait forcé l'admiration d'André Passamar, journaliste à "L'Equipe" : "Il avait le génie du jeu. Qui n'a pas vu cet arrière à l'oeuvre aura du mal à cerner son art unique, sa finesse, son admirable maniement du ballon".
Tout aussi dithyrambique, le journaliste australien Ernie Christensen assurait, au soir de la mythique tournée de 1951 aux antipodes : "En plus de sa botte magique, il est capable de gommer par ses seuls crochets ou accélérations tous les défenseurs qui se présentent sur une moitié de terrain".
Jean Bobet, coureur cycliste et écrivain, avait été pareillement séduit par les arabesques du bonhomme :"Avec Louison, mon frère, nous avons toujours nourri une admiration pour l'oeuvre et les... pompes de Pipette.
Un autre écrivain, Fernand Albaret, chantre pourtant de l'autre rugby, n'en était pas moins sous lecharme : "Il est un défi aux lois du rythme, aux lignes de la course. S'il roulait au lieu de progresser et de fuser sur ses courtes jambes, il n'étonnerait personne".
"Lulu" Pariès, un Biarrot qui fit le bonheur de Narbonne et du XV de France, s'attachait évidemment, de son côté, au buteur que lui-même était, mais pas seulement : "Si je dois effectuer un pèlerinage, iln'exigera pas un long déplacement : j'irai chercher les conseils de Pipette. Ce diable d'homme m'a toujours fasciné. Avec sa posture pliée en deux, fesses en arrière, bras et jambes constituant des mâchoires tentaculaires en attente de la gonfle, il était toujours prêt à faire exploser sa puissance et sa détente. Quels dégagements ! Quels démarrages ! Quels crochets ! Ila réalisé tous les exploits dont je rêve".
Depuis le coin de corner
Une détente et une perception de l'espace que l'intéressé mettait, entre autres, sur le fait qu'il avait été, adolescent, un perchiste ailé, titre de champion junior du Languedoc-Roussillon à la clé.
Un champion dont l'apparente désinvolture, sur un terrain, cachait mal une inextinguible soif de gagner,selon son compère de la tournée de 51, le Catalan de Bages, Elie Brousse, qui en 2005 nous avait confié : "Il était joueur dans l'âme et n'aimait pas perdre".
Et "Le Tigre de Sydney" d'ajouter : "Il n'y a pas eu d'autre phénomène comme lui. Il se tournait et butait sans regarder le ballon. A l'entraînement, il passait des buts depuis le coin de corner".
Une technique cependant longuement travaillée aux entraînements, admettait sans peine celui qui rechignait à accompagner ses coéquipiers dans les tours de terrain précédant les séances purement techniques, mais pas à enchaîner les coups de pied, "ce dont je ne suis jamais lassé", nous avait-il assuré.
Un pied en or, comme le pont du même nom offert plusieurs fois en vain par le club australien de Manly, fin août 1951, avant d'embarquer sur le Stradheten, navire qui ramenait au pays les "Fabulous Frenchmen"auréolés du titre officieux de champions du monde.
Forfait pour la tournée de 1955, bras fracturé sur un placage deux semaines avant le départ, Puig-Aubert ne retourna en Australie que vingt-quatre ans plus tard, comme sélectionneur de l'équipe de France.
Et aura intacte, en témoignent ses nombreuses interventions, rémunérées, dans les universités et médias de l'île continent.
Parce que un Pipette, qui a sa statue au stade Albert-Domec de Carcassonne, ça ne s'oublie pas.
Hervé Girette
Et l'on conserve du plus célèbre des joueurs de rugby à XIII, et même peut-être bien de rugby tout court, l'image d'un homme affable, épicurien, jamais avare d'une anecdote croustillante, et passionné par le sport ayant fait sa renommée.
De "Bébert", le surnom de son enfance, il était devenu pour ses amis proches "Pip", et quand on le questionnait sur les hauts, longtemps, et les bas (seulement lors de sa saison d'adieux avec le RC Castelnaudary, en 1959-1960) de son inimitable carrière, il répondait sans détour : "Jamais sur un terrain je ne me suis ennuyé, et j'en viens presque à regretter de n'avoir pas exigé de moi-même une meilleure hygiène de vie, car ce n'est pas à 34 ans, mais peut-être bien à 40, que j'aurais rangé mes crampons.
Des crampons à bouts carrés qu'un cordonnier de Carcassonne lui confectionnait sur mesure, histoire de mieux coller à la morphologie de ses pieds, et ainsi d'accentuer un peu plus encore son insolente réussite dans les tirs au but.
"Né pour jouer"
Car s'il "était né pour jouer", à la main comme au pied, comme le racontait son ami et coéquipier carcassonnais Martin Martin à notre confrère Bernard Pratviel, dans "Immortel Pipette", ce sont ses pénalités, transformations et drops, tentées et réussies depuis n'importe quel endroit du terrain, qui ont fait sa réputation, plus encore que ses feintes de passe et ses brusques jaillissements.
Presque une injustice, pour celui que ses anciens coéquipiers comparaient à un magicien.
Tel André Bourreil, qui partagea aux côtés du phénomène le titre de champion de France 1957 avec le XIII Catalan.
"Moi qui avait débuté au centre, il m'a appris mon rôle d'ailier qu'ensuite on m'avait attribué. "Un arrière ne te prendra jamais si tu penses à l'embarquer à l'intérieur, mais pas trop, de manière àpouvoir le manoeuvrer", m'avait-il assuré.
Car Aubert Puig, dont les stades d'Arles-sur-Tech, et de Pennautier, dans l'Aude, portent son surnom de Puig-Aubert,était aussi un maître tacticien.
Sans parler de son adresse, "due à ses longs bras", nous avait confié, pour sa part, Francis Levy, qui l'avait d'abord côtoyé au Celtic de Paris, en 1952, au lendemain de son exceptionnel palmarès sous la tunique de Carcassonne, courte parenthèse parisienne avant son arrivée au XIII Catalan.
"Le génie du jeu"
Une adresse qu'il déployait également au football durant sa scolarité, à la pétanque, au tennis de table et au jeu de fléchettes, et qui sur les pelouses de rugby avait forcé l'admiration d'André Passamar, journaliste à "L'Equipe" : "Il avait le génie du jeu. Qui n'a pas vu cet arrière à l'oeuvre aura du mal à cerner son art unique, sa finesse, son admirable maniement du ballon".
Tout aussi dithyrambique, le journaliste australien Ernie Christensen assurait, au soir de la mythique tournée de 1951 aux antipodes : "En plus de sa botte magique, il est capable de gommer par ses seuls crochets ou accélérations tous les défenseurs qui se présentent sur une moitié de terrain".
Jean Bobet, coureur cycliste et écrivain, avait été pareillement séduit par les arabesques du bonhomme :"Avec Louison, mon frère, nous avons toujours nourri une admiration pour l'oeuvre et les... pompes de Pipette.
Un autre écrivain, Fernand Albaret, chantre pourtant de l'autre rugby, n'en était pas moins sous lecharme : "Il est un défi aux lois du rythme, aux lignes de la course. S'il roulait au lieu de progresser et de fuser sur ses courtes jambes, il n'étonnerait personne".
"Lulu" Pariès, un Biarrot qui fit le bonheur de Narbonne et du XV de France, s'attachait évidemment, de son côté, au buteur que lui-même était, mais pas seulement : "Si je dois effectuer un pèlerinage, iln'exigera pas un long déplacement : j'irai chercher les conseils de Pipette. Ce diable d'homme m'a toujours fasciné. Avec sa posture pliée en deux, fesses en arrière, bras et jambes constituant des mâchoires tentaculaires en attente de la gonfle, il était toujours prêt à faire exploser sa puissance et sa détente. Quels dégagements ! Quels démarrages ! Quels crochets ! Ila réalisé tous les exploits dont je rêve".
Depuis le coin de corner
Une détente et une perception de l'espace que l'intéressé mettait, entre autres, sur le fait qu'il avait été, adolescent, un perchiste ailé, titre de champion junior du Languedoc-Roussillon à la clé.
Un champion dont l'apparente désinvolture, sur un terrain, cachait mal une inextinguible soif de gagner,selon son compère de la tournée de 51, le Catalan de Bages, Elie Brousse, qui en 2005 nous avait confié : "Il était joueur dans l'âme et n'aimait pas perdre".
Et "Le Tigre de Sydney" d'ajouter : "Il n'y a pas eu d'autre phénomène comme lui. Il se tournait et butait sans regarder le ballon. A l'entraînement, il passait des buts depuis le coin de corner".
Une technique cependant longuement travaillée aux entraînements, admettait sans peine celui qui rechignait à accompagner ses coéquipiers dans les tours de terrain précédant les séances purement techniques, mais pas à enchaîner les coups de pied, "ce dont je ne suis jamais lassé", nous avait-il assuré.
Un pied en or, comme le pont du même nom offert plusieurs fois en vain par le club australien de Manly, fin août 1951, avant d'embarquer sur le Stradheten, navire qui ramenait au pays les "Fabulous Frenchmen"auréolés du titre officieux de champions du monde.
Forfait pour la tournée de 1955, bras fracturé sur un placage deux semaines avant le départ, Puig-Aubert ne retourna en Australie que vingt-quatre ans plus tard, comme sélectionneur de l'équipe de France.
Et aura intacte, en témoignent ses nombreuses interventions, rémunérées, dans les universités et médias de l'île continent.
Parce que un Pipette, qui a sa statue au stade Albert-Domec de Carcassonne, ça ne s'oublie pas.
Hervé Girette

Fernand Vaquer, "Le Maréchal"
Né le 22 juin 1889 à Latour bas Elne (Pyrénées Orientales)
Décédé le 17 septembre 1969 à Tresserre (Pyrénées Orientales)
C’est sous le surnom du Maréchal que Fernand Vaquer est passé à la postérité. Ce surnom aurait pu lui venir de son passé militaire, ou de l’autorité avec laquelle il dirigeait ses troupes. En fait, ce surnom lui a été donné par Marcel Graule, un jour où l’US Perpignan l’avait emporté à Poitiers en lui disant : « Maréchal, vous venez de gagner la bataille de Poitiers ». La postérité retiendra aussi le long passé rugbystique de Fernand Vaquer.
Né d’un père agriculteur, décédé la trentaine à peine dépassée, le petit Fernand eut un début de vie difficile. Cela ne l’empêcha pas de pratiquer le rugby dès l’âge de quatorze ans au Stade Roussillonnais. Il y joua essentiellement dans les lignes arrière, trois-quarts centre. Il quitta son premier club à l’automne 1907 pour rejoindre l’Association Sportive Perpignanaise (ASP). En 1909, lorsqu’il s’engagea dans l’armée, pour améliorer ses conditions de vie, au 23è régiment d’artillerie qui était caserné à Toulouse, il opta pour le Toulouse Olympique (TO). En 1910, il retourna pour une saison dans son club perpignanais, et fut avec lui, au poste de demi d’ouverture, champion de deuxième série (2è division de l’époque). De retour au TO, ce fut avec le club toulousain qu’il fut champion de la même catégorie en 1912. Il avait joué cette finale en troisième ligne. Au cours de la saison suivante, avant une rencontre qui devait opposer les deux clubs, il quitta le TO pour le Stade Toulousain avec lequel il fut quart de finaliste du championnat de France.
Le Catalan de Toulouse commença alors à se faire remarquer et ainsi joua deux rencontres de sélection au cours de la saison 1913/14. La Grande Guerre mit un terme transitoire à cette ascension. En 1917, il était sélectionné avec le XV du 17è Corps d’Armée, après avoir participé à la bataille de Verdun. Mais la véritable reprise du rugby ne se fit qu’après l’armistice. Alors membre du Racing Club de France, plus proche des armées que Toulouse ou Perpignan, il fut retenu pour rencontrer l’équipe qui avait remporté le tournoi impérial britannique. Il joua ainsi une première fois face aux Néo-Zélandais qu’il rencontra ensuite deux fois à Colombes puis à Toulouse au cours du printemps 1919. Membre à part entière du XV de France de guerre, il disputa les deux rencontres des Jeux Interalliés au début de l’été 1919.
A l’automne 1919, il signait à l’Union Sportive perpignanaise, née de la fusion entre l’ASP et le Stade Olympique Perpignanais. Ce fut son dernier club. A l’époque, c’était un des tous meilleurs clubs français, en témoigne ses parcours en championnat de France (écarté de la finale après une rencontre de barrage en 1920, champion de France en 1921, deuxième de la poule de demi-finale en 1922, écarté des poules de demi-finale après une rencontre de barrage en 1923, finaliste en 1924) Fernand fut de toutes ces rencontres sauf les dernières de 1924. Le bon parcours de son club et son passé d’international de guerre ne pouvait que le désigner à l’attention de sélectionneurs. Dès la saison 1920/21, il participait aux rencontres de sélection et jouait deux rencontres du Tournoi des V Nations. Quelques semaines plus tard, il était champion de France, ce qui lui valut cet éloge d’un journaliste du journal local, l’Indépendant : « Vaquer est un as. Ses touches sont impeccables. Son courage est inépuisable et son commandement aussi énergique qu’avisé ».
La saison suivante, devenu capitaine de son club, il obtint une ultime sélection dans le Tournoi et fut aussi international militaire et capitaine d’une sélection du Languedoc opposée à la Royal Navy. Pour son ultime saison, souhaitant prendre un peu de recul, il avait abandonné le capitanat. Il participa au championnat du Languedoc, mais ne poursuivit pas l’aventure en championnat de France. A 35 ans, il était temps pour lui de remiser les crampons et d’orienter différemment sa vie. Faisant valoir ses droits à la retraite proportionnelle de l’armée, il s’installa comme viticulteur. Il resta toutefois proche de son club qu’il servit pendant encore pendant 34 années comme entraîneur, manager et président. En 1959, à la suite d’une crise interne au sein de l’Union Sportive Athlétique Perpignanaise, les joueurs souhaitèrent son retour à la tête du club, mais il se récusa, faisant toute confiance à son successeur, Joseph Desclaux.
Trois fois international de guerre, trois fois appelé dans le XV tricolore, trois fois champion de France, toutes divisions confondues, un temps arbitre et sélectionneur national, par son long passé Usapiste resta une grande figure du rugby catalan qui attira de grandes personnalités autour de son cercueil lors de ses obsèques à Tresserre.
Décédé le 17 septembre 1969 à Tresserre (Pyrénées Orientales)
C’est sous le surnom du Maréchal que Fernand Vaquer est passé à la postérité. Ce surnom aurait pu lui venir de son passé militaire, ou de l’autorité avec laquelle il dirigeait ses troupes. En fait, ce surnom lui a été donné par Marcel Graule, un jour où l’US Perpignan l’avait emporté à Poitiers en lui disant : « Maréchal, vous venez de gagner la bataille de Poitiers ». La postérité retiendra aussi le long passé rugbystique de Fernand Vaquer.
Né d’un père agriculteur, décédé la trentaine à peine dépassée, le petit Fernand eut un début de vie difficile. Cela ne l’empêcha pas de pratiquer le rugby dès l’âge de quatorze ans au Stade Roussillonnais. Il y joua essentiellement dans les lignes arrière, trois-quarts centre. Il quitta son premier club à l’automne 1907 pour rejoindre l’Association Sportive Perpignanaise (ASP). En 1909, lorsqu’il s’engagea dans l’armée, pour améliorer ses conditions de vie, au 23è régiment d’artillerie qui était caserné à Toulouse, il opta pour le Toulouse Olympique (TO). En 1910, il retourna pour une saison dans son club perpignanais, et fut avec lui, au poste de demi d’ouverture, champion de deuxième série (2è division de l’époque). De retour au TO, ce fut avec le club toulousain qu’il fut champion de la même catégorie en 1912. Il avait joué cette finale en troisième ligne. Au cours de la saison suivante, avant une rencontre qui devait opposer les deux clubs, il quitta le TO pour le Stade Toulousain avec lequel il fut quart de finaliste du championnat de France.
Le Catalan de Toulouse commença alors à se faire remarquer et ainsi joua deux rencontres de sélection au cours de la saison 1913/14. La Grande Guerre mit un terme transitoire à cette ascension. En 1917, il était sélectionné avec le XV du 17è Corps d’Armée, après avoir participé à la bataille de Verdun. Mais la véritable reprise du rugby ne se fit qu’après l’armistice. Alors membre du Racing Club de France, plus proche des armées que Toulouse ou Perpignan, il fut retenu pour rencontrer l’équipe qui avait remporté le tournoi impérial britannique. Il joua ainsi une première fois face aux Néo-Zélandais qu’il rencontra ensuite deux fois à Colombes puis à Toulouse au cours du printemps 1919. Membre à part entière du XV de France de guerre, il disputa les deux rencontres des Jeux Interalliés au début de l’été 1919.
A l’automne 1919, il signait à l’Union Sportive perpignanaise, née de la fusion entre l’ASP et le Stade Olympique Perpignanais. Ce fut son dernier club. A l’époque, c’était un des tous meilleurs clubs français, en témoigne ses parcours en championnat de France (écarté de la finale après une rencontre de barrage en 1920, champion de France en 1921, deuxième de la poule de demi-finale en 1922, écarté des poules de demi-finale après une rencontre de barrage en 1923, finaliste en 1924) Fernand fut de toutes ces rencontres sauf les dernières de 1924. Le bon parcours de son club et son passé d’international de guerre ne pouvait que le désigner à l’attention de sélectionneurs. Dès la saison 1920/21, il participait aux rencontres de sélection et jouait deux rencontres du Tournoi des V Nations. Quelques semaines plus tard, il était champion de France, ce qui lui valut cet éloge d’un journaliste du journal local, l’Indépendant : « Vaquer est un as. Ses touches sont impeccables. Son courage est inépuisable et son commandement aussi énergique qu’avisé ».
La saison suivante, devenu capitaine de son club, il obtint une ultime sélection dans le Tournoi et fut aussi international militaire et capitaine d’une sélection du Languedoc opposée à la Royal Navy. Pour son ultime saison, souhaitant prendre un peu de recul, il avait abandonné le capitanat. Il participa au championnat du Languedoc, mais ne poursuivit pas l’aventure en championnat de France. A 35 ans, il était temps pour lui de remiser les crampons et d’orienter différemment sa vie. Faisant valoir ses droits à la retraite proportionnelle de l’armée, il s’installa comme viticulteur. Il resta toutefois proche de son club qu’il servit pendant encore pendant 34 années comme entraîneur, manager et président. En 1959, à la suite d’une crise interne au sein de l’Union Sportive Athlétique Perpignanaise, les joueurs souhaitèrent son retour à la tête du club, mais il se récusa, faisant toute confiance à son successeur, Joseph Desclaux.
Trois fois international de guerre, trois fois appelé dans le XV tricolore, trois fois champion de France, toutes divisions confondues, un temps arbitre et sélectionneur national, par son long passé Usapiste resta une grande figure du rugby catalan qui attira de grandes personnalités autour de son cercueil lors de ses obsèques à Tresserre.
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